La publication Facebook prétendant montrer un communiqué du Ministère de l’économie, des finances et du budget du Tchad qui annonce l’ouverture officielle des sessions d’investissements en cryptomonnaie est FAUSSE.

La publication relaie deux documents datés du 21 juillet 2025 frappé d’un sceau attribué au ministre des Finances et du Budget. Le premier annonce « l’ouverture officielle des sessions d’investissement en cryptomonnaie » et invite les citoyens à transmettre une photo de leur pièce d’identité ainsi que leur numéro de téléphone via WhatsApp au +235 63 00 31 30. Le second document, présenté en annexe, détaille différents paliers d’investissement en promettant des rendements spectaculaires : les sommes seraient multipliées par plus de cinq en seulement deux heures et demie. À titre d’exemple, un dépôt de 150 000 FCFA rapporterait, selon le tableau, 910 000 FCFA après deux heures. La légende de la publication encourage enfin les Tchadiens à « profiter de cette initiative » et à « contribuer à l’amélioration de l’économie nationale ».
Sao Check a examiné cette publication et l’a trouvée fausse.
Une recherche sur le site officiel du Ministère des Finances et du Budget du Tchad ainsi que sur ses canaux de communication officiels ne montre aucune trace d’un tel programme.
Au contraire, le 19 juillet 2025, le Ministère a publié un communiqué de presse dénonçant ces faux documents et rappelant qu’ils n’émanent « d’aucune structure officielle ». Le directeur de la communication du ministère, Adam Abakar Kayaye, a confirmé que cette campagne est « une escroquerie visant à soutirer des données personnelles et de l’argent aux citoyens » .
Des institutions financières locales comme Ecobank Tchad a publié des démentis. Ecobank Tchad précise ne proposer aucun investissement en cryptomonnaie via WhatsApp et n’avoir aucun partenariat avec le ministère.
L’examen attentif du document révèle plusieurs incohérences linguistiques et stylistiques qui mettent en doute son authenticité. À la ligne 7, par exemple, on peut lire : « une équipe d’experts en cryptomonnaies Tchadienne et Américains ». Cette formulation est grammaticalement incorrecte : l’adjectif devrait s’accorder avec experts et s’écrire « tchadiens et américains ». On remarque également l’usage inapproprié de majuscules pour des adjectifs de nationalité (Tchadienne, Américains), alors que la règle en français impose la minuscule. De plus, certaines phrases sont mal ponctuées et donnent un style brouillon, loin du langage administratif habituellement utilisé par un ministère. La mise en forme elle-même est suspecte : la police de caractères n’est pas homogène et certains passages semblent copiés-collés.
Enfin, l’analyse par l’outil FotoForensics met en évidence que le cachet n’a pas été apposé directement mais ajouté numériquement, avec des zones de compression différentes du reste du texte. L’absence d’une signature manuscrite ou d’une signature électronique officielle achève de confirmer le caractère non sérieux de ce document.
Pour rappel, les promesses de rendement multipliant par 5 ou 6 un investissement en moins de 3 heures sont caractéristiques d’arnaques de type « Ponzi », déjà observées ailleurs en Afrique de l’Ouest.
Conclusion: Cette publication attribuant au Ministère des Finances du Tchad une campagne d’investissement en cryptomonnaie est fausse. Le gouvernement tchadien et plusieurs banques locales ont démenti toute implication, appelant les citoyens à la vigilance et à ne pas transmettre d’informations personnelles via WhatsApp.
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Cette vérification des faits a été réalisée par SaoCheck dans le cadre du programme d’incubation de l’Alliance africaine de vérification des faits (AFCA). Elle a été produite grâce au mentorat de l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, PesaCheck, et au soutien financier de la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth mené par le Partenariat européen pour la démocratie (EPD). Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La décision éditoriale reste du ressort de SaoCheck. Pour en savoir plus, rendez-vous sur : https://fr.factcheck.africa/
