Un message largement partagé dans plusieurs groupes WhatsApp affirme que l’Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques (INSEED) a lancé une campagne de recrutement pour préparer le prochain recensement national de la population et du logement. Le message invite les candidats à postuler via un lien présenté comme le « portail officiel » de recrutement : tinyurl.com/Inseed-Recrutement-2026. Cette annonce suscite beaucoup d’intérêt et est massivement relayée, notamment parce qu’un recrutement réel de l’INSEED est actuellement en cours. SaoCheck et le Studio hirondelle Tchad ont examiné ce message et l’ont trouvé trompeur. La confusion vient du fait que l’INSEED a effectivement lancé un recrutement dans le cadre de la Sixième Enquête sur les Conditions de Vie des Ménages (ECOSIT 6). Un avis officiel de recrutement circule sur les canaux de l’institution et précise les conditions de candidature, les profils recherchés et la procédure à suivre. Ce document officiel mentionne clairement que les candidatures doivent être déposées en ligne via un portail spécifique. Après vérification du document officiel, nous avons constaté que le lien indiqué pour déposer les candidatures est recrutement.inseedsurvey.com. Ce portail correspond à la plateforme utilisée pour la gestion des candidatures dans le cadre de cette enquête. En revanche, le lien TinyURL partagé dans le message WhatsApp ne correspond pas à cette adresse officielle. L’utilisation d’un lien raccourci constitue d’ailleurs un premier signal d’alerte. Les services comme TinyURL permettent de transformer une longue adresse web en un lien plus court. Ce type de lien masque l’adresse réelle du site vers lequel l’utilisateur est redirigé. Pour des procédures administratives importantes comme un recrutement public, les institutions utilisent généralement leurs propres sites ou des plateformes clairement identifiables, et non des liens raccourcis. L’examen de l’avis de recrutement officiel permet également de confirmer la procédure réelle. Le document comporte l’en-tête de la République du Tchad, la mention du Ministère des Finances, du Budget, de l’Économie, du Plan et de la Coopération Internationale ainsi que celle de l’INSEED. Il présente en détail les tâches confiées aux agents enquêteurs, les qualifications requises, les pièces à fournir dans le dossier de candidature et la date limite de dépôt des dossiers. Le document indique aussi que les candidatures doivent être soumises en ligne via le portail officiel mentionné. Dans ce contexte, le message circulant sur WhatsApp mélange une information réelle l’existence d’un recrutement avec un lien différent présenté comme officiel. Ce procédé peut facilement induire les internautes en erreur et les amener à cliquer sur un lien dont l’origine n’est pas clairement identifiée. Conclusion : le recrutement annoncé par l’INSEED est bien réel, mais le lien TinyURL partagé dans les groupes WhatsApp n’est pas le portail officiel indiqué dans l’avis de recrutement. Les candidats doivent utiliser uniquement l’adresse mentionnée dans le document officiel de l’INSEED, et se méfier des liens raccourcis diffusés sur les réseaux sociaux.
Lutte contre la désinformation : SaoCheck forme une trentaine de jeunes au fact checking à N’Djamena
Du 16 au 18 février, une formation intensive en fact checking et vérification des faits s’est tenue au sein de WenakLabs à N’Djamena. Organisée par SaoCheck, cette initiative visait à renforcer les capacités des professionnels des médias et des jeunes passionnés du numérique dans la lutte contre la désinformation. Pendant trois jours, une trentaine de journalistes, communicants, acteurs de la société civile et étudiants ont été outillés sur les mécanismes de manipulation de l’information et les techniques de vérification des contenus numériques. La formation s’est articulée sur 4 axes à savoir : Comprendre la désinformation : Mécanismes et enjeux, Découvrir les outils professionnels du fact-checking, Maitriser la méthodologie de Vérification des informations et Rédiger un article de fact-checking clair et structuré. Cette formation a vu la participation d’une trentaine des jeunes journalistes, communicants, acteurs de la société civile et même les étudiants qui ont eu à prendre part activement et qui en sont repartis avec des compétences concrètes en vérification de l’information. Selon Mahamoud Sabir, l’un des formateurs, il existe trois formes principales de fausses informations : la désinformation, la mésinformation et la malinformation. Il a insisté sur la nécessité de bien distinguer ces concepts afin de mieux analyser leurs causes et leurs intentions. Pour Denis NGARNDIGUINA, également formateur et responsable de SaoCheck, les fausses informations ont pour impacts : la menace à la cohésion sociale et aux droits de l’hommes, de l’impact sur les élections et la démocratie, la propagation de discours haineux et de violence en ligne et le risque accru pour les femmes et les groupes vulnérables entre autres. De son côté Succès DJIMTEBAYE a mis l’accent sur les bases du Fact-checking en expliquant que la vérification repose sur 3 piliers fondamentaux. Ces piliers sont accès sur les liens factices, les contenus usurpés et les contenus manipulés. Les participants ont eu à découvrir et expérimenté les outils de vérification des données numériques tels que : Invid weverify, Google Lens, photoforensics, Archive is, Whois et bien d’autres outils. Ces instruments permettent notamment d’analyser des images, retracer l’origine d’un site web ou vérifier l’authenticité d’un contenu viral. FOUBANE Jean, un des bénéficiaires de la formation qui faisait déjà dans le fact-checking médical, nous confiait que cette formation lui a permis de renforcer ses compétences avec l’utilisation d’outils techniques pour comprendre et maîtriser la vérification des faits. REMADJI Épiphanie quand à elle reconnaît que cette formation lui a permis de connaitre les différents types des fausses informations et de savoir vérifier et d’être sur d’une information avant de la partager. À l’issue de la formation, les bénéficiaires affirment etre mieux préparés à jouer un rôle actif dans la lutte contre les fake news et à agir comme des sentinelles de l’information responsable. Créée en 2019 par WenakLabs, SaoCheck est la première plateforme tchadienne dédiée à la lutte contre la désinformation et à l’éducation aux médias. À travers ce type d’initiative, l’organisation entend renforcer la capacité des citoyens à distinguer les informations vérifiées des rumeurs et contenus manipulés. Les participants ont salué la qualité des enseignements reçus et ont encouragé la multiplication de telles formations afin de toucher un plus grand nombre de jeunes à travers le pays. ALLADOUM Désiré
Faux : ces plateformes ne permettent pas de gagner jusqu’à 300 000 FCFA par jour
Depuis quelques semaines, plusieurs messages circulent dans des groupes WhatsApp affirmant qu’il est possible de gagner jusqu’à 300 000 FCFA par jour en cliquant sur des liens présentés comme des plateformes de gains en ligne, et affirment que les sommes seraient repérables via Airtel Money et en effectuant de simples tâches en ligne. Après vérification, toutes conduisent pourtant à une interface quasi identique, révélant l’existence d’un réseau de sites frauduleux. SaoCheck et le Studio Hirondelle Tchad ont analysé ces plateformes et conclu que cette promesse de gains est fausse. Les messages varient légèrement d’un groupe à l’autre, mais suivent le même schéma : un témoignage prétendument personnel (« J’ai déjà remporté 300 000 FCFA »), un lien présenté comme une opportunité urgente et l’assurance de retraits rapides. Cette diversité de liens, pointant vers des noms de domaine différents mais menant à la même interface, est une stratégie classique visant à contourner les signalements et à maintenir l’arnaque active même lorsqu’un site est bloqué. Pour comprendre l’origine de ces plateformes, SaoCheck et le Studio Hirondelle Tchad ont utilisé des outils d’analyse de domaines. L’outil WHOIS, qui permet d’identifier les informations d’enregistrement d’un site web (date de création, hébergeur, propriétaire), montre que ces domaines ont été créés à des intervalles très rapprochés. Les informations de propriété sont systématiquement masquées par des services d’anonymisation, empêchant d’identifier un responsable réel. Cette pratique est fréquente dans les réseaux d’escroquerie en ligne. SaoCheck et le Studio Hirondelle Tchad ont également utilisé ScamAdviser, un outil qui évalue la fiabilité d’un site web en se basant sur plusieurs critères techniques : ancienneté du domaine, localisation du serveur, réputation de l’hébergeur et transparence du propriétaire. Les sites analysés obtiennent des scores de confiance très faibles, ScamAdviser les classant comme potentiellement dangereux. Les raisons avancées incluent la création récente des domaines, l’anonymat total des propriétaires et l’utilisation d’infrastructures souvent associées à des sites frauduleux. Un autre outil, ScamDoc, qui analyse la crédibilité d’un site à partir de paramètres similaires, attribue également un niveau de confiance bas à ces plateformes. Là encore, les conclusions pointent vers un risque élevé d’arnaque, notamment en raison de l’absence de mentions légales, de contacts officiels et d’identité juridique claire. Sur le plan du fonctionnement, les sites promettent des gains en échange du visionnage de vidéos ou de clics répétés. Les montants affichés augmentent artificiellement, mais le retrait est bloqué tant que l’utilisateur n’atteint pas un seuil élevé, généralement 120 000 FCFA. Même après avoir atteint ce seuil, aucun paiement n’est effectué. Les plateformes affirment pourtant que les gains sont retirables via Airtel Money. Cette affirmation pose un problème technique majeur. À ce jour, Airtel Money au Tchad ne dispose pas d’une interface publique (API) permettant à des sites web inconnus d’envoyer automatiquement de l’argent aux utilisateurs. En pratique, ces plateformes n’ont aucun moyen crédible de réaliser les paiements qu’elles promettent, ce qui rend leur modèle irréalisable. Les témoignages recueillis renforcent cette conclusion. De nombreux internautes expliquent avoir rempli toutes les conditions exigées sans jamais recevoir le moindre paiement. Aucun cas documenté et vérifiable de retrait effectif n’a pu être confirmé. Ce décalage entre les promesses affichées et la réalité vécue par les utilisateurs est un indicateur fort de fraude. L’ensemble de ces éléments: multiplicité de liens menant à une même interface, création récente et coordonnée des domaines, mauvais scores de confiance, impossibilité technique des paiements et absence de preuves de gains réels démontre qu’il s’agit d’un système organisé, et non d’une opportunité légitime. Conclusion :Les sites qui promettent de gagner jusqu’à 300 000 FCFA par jour via des tâches simples en ligne sont frauduleux. Ils s’inscrivent dans un réseau de plateformes trompeuses conçu pour attirer les internautes, collecter leurs données et générer de l’activité sans jamais effectuer de paiement réel. Cette vérification des faits a été réalisée par SaoCheck et le studio hirondelle dans le cadre d’un projet avec le soutien de l’Union européenne qui vise à favoriser la cohésion sociale et la résilience des populations face à la désinformation et aux discours clivants au Tchad et dans le Sahel central..
FAUX : l’Aéroport international de N’Djamena et Royal Airways n’organisent pas de session de recrutement
Une publication diffusée sur Facebook affirme que l’Aéroport international de N’Djamena et la compagnie Royal Airways auraient lancé conjointement une session de recrutement pour divers postes dans le secteur aéronautique, dont hôtesses de l’air, agents d’accueil, personnel de traitement des bagages et mécaniciens de surface. Selon la publication, les candidatures devraient être envoyées à l’adresse Airways.tchad@gmail.com avant une date du concours prévue le 22 février 2026. SaoCheck et le Studio Hirondelle Tchad ont examiné cette publication et l’ont trouvée fausse. D’abord, l’intitulé même de l’institution aéroportuaire est erroné. L’aéroport de N’Djamena porte officiellement le nom d’Aéroport international Hassan Djamous. Aucune communication officielle récente de cette institution ne fait état d’un recrutement en cours ou à venir à la date indiquée par la publication. Les annonces authentiques émanant d’administrations ou d’institutions publiques sont généralement diffusées via des canaux institutionnels clairement identifiés, ce qui n’est pas le cas ici. Ensuite, l’affiche associée au message présente des logos non conformes à ceux utilisés officiellement par l’aéroport et par la compagnie aérienne citée. Les différences graphiques (formes, couleurs, typographies) constituent un indice classique d’usurpation d’identité visuelle, fréquemment observé dans les fausses annonces de recrutement en ligne. Autre élément problématique : l’adresse de contact fournie pour le dépôt des candidatures est une adresse Gmail (airways.tchad@gmail.com). Or, les recrutements officiels des compagnies aériennes et des structures aéroportuaires se font via des adresses professionnelles rattachées à leur nom de domaine officiel, et non par des services de messagerie grand public. Aussi, la compagnie Royal Airways a publié, le 17 février 2026, un communiqué officiel de démenti sur sa page Facebook officielle. L’entreprise précise qu’elle n’est pas à l’origine de cette annonce, qu’aucune campagne de recrutement n’est en cours sous cette forme et met en garde le public contre des tentatives d’arnaque exploitant son nom et son image. L’ensemble de ces éléments: erreurs sur le nom officiel de l’aéroport, logos falsifiés, usage d’une adresse gmail et démenti formel de la compagnie aérienne converge vers la même conclusion : il s’agit d’une fausse offre de recrutement destinée à tromper les candidats et, potentiellement, à collecter leurs données personnelles. Lire aussi : Désinformation au Tchad: les grandes tendances à surveiller en 2026. En conclusion, la publication facebook annonçant un recrutement conjoint de l’aéroport international Hassan Djamous de N’Djamena et de Royal Airways en février 2026 est fausse. Les autorités et la compagnie concernées n’ont lancé aucune initiative de ce type et appellent à la vigilance face aux annonces circulant sur les réseaux sociaux. Cette vérification des faits a été réalisée par SaoCheck et le studio hirondelle dans le cadre d’un projet avec le soutien de l’Union européenne qui vise à favoriser la cohésion sociale et la résilience des populations face à la désinformation et aux discours clivants au Tchad et dans le Sahel central.
Faux : La prétendue vente aux enchères de motos attribuée aux Douanes tchadiennes est une arnaque
Une publication Facebook diffusée le 4 janvier 2026 affirme que la Direction générale des Douanes du Tchad (DGDDI) organise une « grande vente aux enchères » de motos neuves dédouanées. Le message, largement relayé, promettait aux inscrits de réserver une moto (Yamaha Sirius, APSONIC, Honda, etc.) contre un frais d’inscription de 50 000 FCFA remboursables, à verser via Moov Money, et donnait un contact WhatsApp. Sao Check a examiné cette publication et a trouvé que ce « communiqué » est faux et non officiel. Plusieurs indices prouvent qu’il s’agit d’une arnaque : Une vérification des canaux de communication officiels de la Direction Générale des Douanes du Tchad ne révèle aucune trace d’une quelconque vente aux enchères de motos annoncée pour cette période. Aucun communiqué n’a été publié sur les plateformes institutionnelles, ni sur les médias locaux reconnus. Au contraire, la Direction Générale des Douanes a déjà alerté à plusieurs reprises sur la circulation de faux communiqués attribués abusivement à l’institution. Dans un communiqué officiel antérieur, le Directeur Général, le Général Ousman Brahim Djouma, a clairement indiqué que la Douane n’est ni à l’origine ni signataire de ces annonces frauduleuses diffusées sur les réseaux sociaux, et a mis en garde contre des individus cherchant à escroquer la population en usurpant l’identité de l’administration. Plusieurs éléments confirment le caractère frauduleux de cette publication. D’abord, l’utilisation d’un numéro WhatsApp personnel comme unique canal de contact ne correspond pas aux pratiques d’une administration publique. Ensuite, la demande d’un paiement anticipé de 50 000 FCFA via Moov Money pour une prétendue « inscription » est suspecte. Aucune structure étatique ne procède de cette manière pour des ventes publiques. Par ailleurs, la promesse selon laquelle « toutes les personnes inscrites sont garanties à 100 % d’obtenir leur moto » relève d’un procédé classique d’arnaque en ligne, visant à créer un sentiment d’urgence et de fausse sécurité. Les prix fixes annoncés pour des modèles variés de motos, sans procédure réglementaire claire ni cadre juridique, renforcent également les doutes. Enfin, l’analyse des images associées à la publication, à l’aide d’outils de vérification comme FotoForensics, montre des signes de retouche numérique, suggérant que les photos ont été modifiées ou sorties de leur contexte original pour crédibiliser l’annonce. Conclusion :La publication attribuant à la Direction Générale des Douanes du Tchad l’organisation d’une vente aux enchères de motos est fausse. L’administration douanière n’a annoncé aucune opération de ce type et a déjà mis en garde contre des tentatives d’escroquerie utilisant son nom. Les citoyens sont appelés à la vigilance et à ne transmettre ni argent ni documents personnels via WhatsApp. Cette vérification des faits a été réalisée par SaoCheck dans le cadre du programme d’incubation de l’Alliance africaine de vérification des faits (AFCA). Elle a été produite grâce au mentorat de l’initiative de vérification des faits de Code for Africa, PesaCheck, et au soutien financier de la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth mené par le Partenariat européen pour la démocratie (EPD). Le mentorat de l’AFCA respecte l’indépendance journalistique des chercheurs, en leur offrant l’accès à des techniques et des outils avancés. La décision éditoriale reste du ressort de SaoCheck. Pour en savoir plus, rendez-vous sur : https://fr.factcheck.africa/